Le grand saut

Ça y est : étape supplémentaire du cycle inarrêtable de l’embourgeoisement galopant à l’approche de la quarantaine, l’achat immobilier était l’une des idées qui nous trottait dans la tête en quittant Paris. C’est désormais fait : nous nous endettons sur vingt ans, conscients que pour ma part je ne serai plus très loin de la soixantaine quand tout ça sera terminé.

 

Quitter Paris il y a un an revêtait plusieurs sens. Le premier, je pense, reste lié à mon âge, celui où mes potes, majoritairement hétéros, arrivés en même temps que moi à Paris à la fin de nos études, accueillaient leur deuxième enfant. L’enfant n°2, celui qui commence à te faire pousser les murs et à te faire comprendre qu’il va falloir une pièce de plus, gagner plus d’argent… ou quitter Paris. L’exode a été inexorable, entre 2018 et 2021. Sans eux, vivre à Paris n’avait peu à peu plus le même sens : pourquoi restai-je là ?

 

Le covid et les confinements ont bien évidemment accéléré ces réflexions, quand nous nous sommes retrouvés à vivre et travailler 24 heures sur 24 dans des appartements trop petits et que nous nous sommes demandé ce qu’il nous en coûterait de vivre dans plus grand. Le départ pour une grande ville de province devenait peu à peu inéluctable. Nous avions aussi des raisons plus personnelles, chacun, liées à nos jobs, à nos familles, de chercher un peu d’éloignement.

 

Vivre à Villeurbanne (pas vraiment Lyon mais tout aussi pratique si on est au pied du bon métro) était au départ un test : allions-nous aimer la ville, notre quartier, notre nouvelle vie lyonnaise. Mais nous savions qu’à plus ou moins long terme, ce serait l’achat immobilier qui nous tenterait, si tout se passait bien. D’abord parce que nos parents nous ont bien travaillé le cerveau, chacun de notre côté, depuis des années. Ensuite parce que la réalité de l’inflation et du marché immobilier s’impose à nous, un peu, aujourd’hui. Enfin parce qu’on a, je pense, envie de s’établir « pour de bon » quelque part, même si on ne finira pas notre vie ici, mais au moins pour se projeter dans un appartement où on pourra faire ce qu’on veut, des trous dans les murs et des travaux, des aménagements sans avoir à demander au propriétaire… et puis c’est agréable de se dire qu’on déménage pour la dernière fois avant de nombreuses années.

 

Depuis mon départ de chez mes parents en 2003, j’ai vécu dans 9 appartements, entre Bordeaux, Paris et Lyon. Je ne compte pas les logements temporaires de type stages dans des villes où je ne vivais pas, car je ne déménageais alors pas toutes mes affaires, mais cela fait tout de même un déménagement tous les deux ans en moyenne : je n’en peux plus !

 

Ce qui est marrant, c’est que malgré cette bougeotte immobilière, j’ai été le plus stable de mon groupe d’amis : pas d’année Erasmus, pas de changement de ville pour me mettre en ménage ou prendre un nouveau job… jusqu’en 2021. Je me suis longtemps considéré comme une espèce de « port d’attache », le copain qui ne bouge pas, celui qu’on retrouve à peu près au même endroit même quand on est parti vivre deux ans à Lille ou trois ans à Londres. Et voilà que, comme tous les autres avant moi, et bien d’autres après, j’ai rejoint les rangs de l’exode des ex-parisiens vers de plus vertes contrées. 

 

C’est pour cela que je n’ai pas vraiment peur, au moment de signer, en dépit du vertige de l’endettement : s’engager à rester là, pour longtemps, à vivre l’expérience de cette ville et de cette étape de ma vie (les études, le mariage) aussi longtemps que j’y serai à ma place, c’est à cela qu’a toujours un peu ressemblé ma vie.

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