Quelqu’un m’a dit en DM que si je n’aimais pas mon job je n’étais pas prisonnier de la Californie et que je pouvais juste rentrer au lieu de passer des mois ici à ronchonner. En vrai, je me plains de ma situation professionnelle, mais je ne m’en sors pas si mal au regard des circonstances. La situation est tenable, matériellement, et j’ai une deadline claire de mon visa, qui me servira à décider si je rentre en France ou non (les probabilités étant pour le moment assez élevées) en fonction de l’évolution de la situation ici. Les visas de travail sponsorisés par les employeurs, sur des métiers non techniques comme le mien, ne sont pas courants ces temps-ci aux Etats-Unis, alors je ne me bile pas trop.
La partie de ma vie qui se passe bien, bizarrement, c’est la vie privée. Étonnamment, être célibataire me réussit. C’est ma plus longue période de célibat depuis mes 19 ans. J’avais toujours plus ou moins enchaîné les relations, et lorsque je me retrouvais celibataire, je me faisais “cueillir” par un nouveau mec au bout de quelques semaines. Ce qui avec le recul n’était pas toujours très bon signe, mais que veux-tu, j’ai toujours été très “soluble” dans le concept de couple, je suis globalement un mec pas trop compliqué à vivre au quotidien, même si j’ai mon lot de défauts (et pas qu’un peu). Mais cette année, je m’y tiens, jusqu’à présent en tout cas : pas de nouveau mec en 2025. La flemme, déjà, de m’investir à quarante balais dans une relation qui aura de toute façon une date d’expiration l’année prochaine. Le traumatisme, ensuite, de faire de nouveau confiance à quelqu’un et de lui donner plein accès à ma vie après mes spectaculaires déboires de 2023-2024. Comme disent les américains, je ne suis pas “emotionally available”, je crois que je suis trop bête pour voir les red flags chez quelqu’un ou pour comprendre et distinguer ce qui est mauvais de ce qui est bon pour moi, et en plus de ne pas en avoir assez envie je ne me fais plus vraiment confiance pour donner raisonnablement à quelqu’un une place de “partenaire” dans ma vie. Alors je me contente de la hookup culture et des friends with benefits (nos fameux PQR en France), et franchement je suis exactement dans la bonne ville pour ça.
Etre un mec gay célibataire de 40 ans a San Francisco, ce n’est franchement pas bien dur. Mon carnet de bal est bien rempli, et entre les exigences du casual dating et l’étiquette des conversations Scruff, je m’adapte assez bien aux us et coutumes de la baie, que je soupçonne d’être légèrement différents des autres grandes villes américaines (que je n’ai pas ou peu explorées en tant qu’habitant). Mais maintenant que je pratique ce “sport” en tant que célibataire et non en tant que mec en couple ouvert, je découvre aussi les inconvénients des “flaky guys”, ces mecs pas fiables qui te bloquent un date pour une soirée et qui l’annulent deux heures avant ou qui s’arrêtent de répondre alors que tu te mets en route. Peut-être qu’avant, je m’en foutais parce que j’étais maqué et que de toute façon c’était plus commode de fonctionner avec quelques plans cul réguliers “fiables” que de faire la chasse au dahut sur les terres célibs.
Mais ce qui est marrant, c’est que je les comprends aussi, les mecs flaky. Je vois tous les choix, toutes les options qu’on peut avoir dans cette ville, pour le cul, pour les dates, pour les relations amicales, et je comprends qu’on n’est jamais la priorité de personne. Moi-même, personne n’est vraiment ma priorité, et c’est un peu premier arrivé premier servi. Alors je deviens moi aussi, parfois, l’un de ces flaky guys, lorsqu’un mec m’a vaguement proposé un verre dans une conversation Grindr il y a dix jours, que j’ai oublié de le noter dans mon Google Agenda et que quand il se rappelle à mon bon souvenir trois heures avant, j’ai fait d’autres plans entretemps. Mais s’il peut m’arriver d’être flaky, plein de mecs le sont aussi avec moi, alors je ne culpabilise pas trop. C’est le jeu de l’attention limitée, dans une ville où tu peux trouver une soirée à thème, un date ou un plan cul a peu près tous les soirs de la semaine, et ou si un mec ne t’attendait pas avec une si grande impatience que ca, il se sera laissé tenter pare d’autres plans pour la soirée entretemps. Moralité, il faut toujours bien revérifier et se coordonner par SMS avant de se déplacer pour rien. Tu risques de découvrir que le mec t’a simplement oublié depuis la semaine dernière. Oh, il va être confus et s’excuser platement, hein. Mais il le refera probablement. C’est peut-être une cruelle loi du marché (ou de la nature) qui fait que si je n’ai pas été assez “marquant” ou assez “ton style” pour que tu restes motive de me rencontrer entre un message Scruff le mardi et le moment du verre le vendredi, peut-être que ce sera pour la prochaine fois, ou peut-être qu’on n’était simplement pas assez motivés l’un par l’autre dans un contexte de concurrence sexuelle féroce. Comme cela ne fait que quelques mois que je découvre le célibat de longue durée et que j’y trouve mon compte, je ne le vis pas mal jusqu’à présent. Je me dis que ça fait du tri, et qu’en fin de compte ne restent que les connexions les plus “mutuellement motivées”.
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